• Ouvriers chinois à Boulogne-Billancourt
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    ANONYME

  • Ouvriers agricoles nord-africains faisant la moisson en France, vers 1939.
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  • Travailleurs immigrés devant le Ministère du Travail. Paris, 1938.
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Les immigrés au travail

Date de publication : avril 2016

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Contexte historique

Une immigration devenue nécessaire

Chacune à sa manière, ces trois photographies témoignent de la nature de l’immigration de travail en France à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Elles soulèvent aussi certaines problématiques qui y sont liées.

Pendant et après la Première Guerre mondiale, l’immigration de travail devient économiquement nécessaire. En effet, pour soutenir l’effort de guerre à l’arrière puis reconstruire le pays, touché démographiquement dans ses forces vives, la France doit impérativement faire face au manque de main-d’œuvre. Auparavant réservé au seul secteur privé, le recrutement, devenu massif, est désormais également encouragé, encadré et régulé par l’État. Une nouvelle administration dédiée à la question est mise en place. Elle collabore étroitement avec les entreprises, notamment à travers l’organisme patronal de la Société générale d’immigration, créée le 7 mai 1924, le Comité central des houillères de France et l’Office central de la main-d’œuvre agricole.

Dans un contexte de forte croissance économique, la France connaît, durant les années 1920, une intensification et une diversification de l’immigration, tant du point de vue de l’origine des arrivants que des secteurs dans lesquels il sont embauchés. Au faîte de sa puissance coloniale, l’État dispose notamment de plus en plus de « réserves » de main-d’œuvre venues d’Afrique ou d’Asie, fait nouveau par rapport à l’immigration plus européenne du XIXe siècle. Essentiellement composée de travailleurs peu qualifiés, employés comme ouvriers dans les mines, dans les usines, sur les chantiers de travaux publics ou aux champs, la population immigrée provient des colonies (Indochine, Maroc et Algérie notamment), d’Europe (Italie, Pologne, Belgique, Espagne et Suisse), mais aussi de Chine ou encore d’Arménie.

En 1931, la présence étrangère en France représente ainsi près de 3 millions de personnes, soit 7 % de la population totale. Malgré l’afflux de nouveaux migrants politiques, ce chiffre tend à diminuer au cours des années 1930, marquées par la crise économique, un grand raidissement xénophobe et un net durcissement de la politique d’immigration, qui se traduit par la restriction du regroupement familial, des licenciements et des renvois au pays.

Analyse des images

Main-d’œuvre

Les trois clichés ici étudiés sont anonymes et semblent avoir eu une fonction essentiellement documentaire. On ne peut pas affirmer qu’ils aient été médiatisés et aient pu jouer un rôle sur les représentations contemporaines de la main-d’œuvre étrangère.

La première photographie montre une vingtaine d’immigrés chinois rassemblés devant un atelier, dans l’une des cours de l’usine Renault, située sur l’île Séguin, à Boulogne-Billancourt. Elle a été prise entre 1929 (date de l’ouverture de l’usine) et 1939. Vêtus à l’occidentale (costumes et casquettes d’« ouvriers » pour les uns, chapeaux pour les autres), ces hommes semblent discuter tranquillement en cette journée ensoleillée. Il est difficile de préciser ce qui justifie un tel attroupement : embauche, pause ou fin de la journée de travail.

La deuxième image immortalise, elle aussi, une scène au travail. On y aperçoit des Maghrébins, jeunes et moins jeunes, se reposer, s’abreuver, se nourrir lors de labeurs agricoles que l’on devine éprouvants. Épuisés mais fiers prendre la pause, ils fixent l’objectif sans sourire tant la lassitude l’emporte. Ils portent des habits occidentaux adaptés à la tâche, même si l’ouvrier le plus âgé, au premier plan, se distingue par une tenue plus exotique, un chèche posé sur le crâne pour se protéger du soleil d’août.

La troisième photographie figure quant à elle une scène qui se déroule devant le ministère du Travail, situé rue de Grenelle, dans le VIIe arrondissement de Paris. Devant l’entrée du bâtiment administratif, un ensemble d’ouvriers, des hommes habillés assez pauvrement et portant souvent des casquettes typiques, se tient dans la rue, tandis que d’autres entrent et sortent de la cour intérieure. La majesté du bâtiment (hauts murs, hautes portes, beaux quartiers) contraste avec la simplicité de ces travailleurs.

Interprétation

Au travail

Les trois images renseignent sur une certaine manière d’appréhender les populations de travailleurs immigrés, ainsi que sur leur diversité, leurs réalités et même leur quotidien.

Une diversité d’origines et de secteurs d’activité tout d’abord, dont témoignent les deux premières photographies. Moins connue que d’autres, l’immigration chinoise en France remonte au traité du 14 mai 1916, signé entre les gouvernements des deux pays, qui entraîne le recrutement de 35 000 Chinois (les « coolies ») pour soutenir l’effort de guerre. On estime que plus de 3 000 d’entre eux (le chiffre est peut-être sous-évalué) restent en France après le conflit, formant ainsi le premier contingent de cette communauté en France. Une partie de ces hommes est recrutée dans l’industrie automobile (Renault à Boulogne-Billancourt, Panhard & Levassor dans le XIIIe arrondissement) et vit à Paris.

L’immigration en provenance du Maghreb date, quant à elle, de la fin du XIXe siècle. Elle s’est nettement renforcée à l’occasion de la Première Guerre mondiale, puis dans les années 1920. À titre indicatif, en 1936, on compte 85 000 Algériens (qui ne sont pas, au sens propre, des immigrés, puisqu’ils ont la nationalité française), dont une grande part de Kabyles, auxquels il faut ajouter des Marocains. Cette main-d’œuvre jeune et masculine est d’abord employée dans les villes et les exploitations agricoles du littoral méditerranéen (la ville de Marseille constituant un point d’ancrage pour la communauté), puis également dans les usines de la région parisienne et du Nord.

Les deux premières photographies indiquent aussi la réalité et le quotidien de ces immigrés, que l’on choisit ici presque naturellement de présenter au travail. D’une part, la main-d’œuvre est essentiellement masculine, exclusivement même sur les trois clichés. Les cas sont évidemment très disparates, mais on estime que les immigrés pouvant vivre avec leur famille en France sont encore minoritaires, les femmes étant beaucoup moins embauchées que les hommes, et encore plus rarement en même temps et dans les mêmes lieux qu’eux. D’autre part, la population immigrée reste pauvre et pratique des métiers pénibles et dévalorisés. Malgré des différences assez notables visibles sur les images, les ouvriers chinois semblent plus aisés que les travailleurs nord-africains. En effet, rythmée par les nombreux allers-retours, l’immigration maghrébine constitue souvent un sous-prolétariat industriel, urbain et agricole, comme le suggère avec éloquence la deuxième photographie, qui montre des travailleurs vraisemblablement saisonniers et très démunis se reposer, harassés par la tâche.

De manière indirecte, enfin, la troisième image souligne un autre aspect de la vie de ces ouvriers en France. Soumis à la fois au bon vouloir de leurs patrons et aux exigences d’une administration de plus en plus restrictive au cours des années 1930, les travailleurs immigrés voient se multiplier les contrôles, la répression, et même les brimades. On peut ainsi supposer, par exemple, que ces ouvriers se rendent au ministère du Travail pour obtenir ou renouveler leur carte de travail, sans laquelle ils ne peuvent rester sur le territoire.

Bibliographie

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Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Les immigrés au travail », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 23 mai 2019. URL : http://histoireimage.org/de/etudes/immigres-travail
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